Le congé maternité est l'un des droits les mieux encadrés du droit du travail français, mais aussi l'un des plus méconnus dans ses subtilités. Qui peut le prendre ? Combien touche-t-on vraiment ? Que se passe-t-il si on accouche avant terme ? Peut-on reporter des semaines ? Ce guide répond à toutes ces questions avec les données 2026 officielles de la CPAM et du Code du travail.
Les durées du congé maternité en 2026 : tableau complet
La durée du congé maternité dépend du rang de l'enfant attendu et du nombre d'enfants déjà à charge. Elle est fixée par les articles L. 1225-17 à L. 1225-23 du Code du travail et comprend une partie prénatale (avant la naissance) et une partie postnatale (après la naissance).
10 sem. après la naissance
18 sem. après la naissance
22 sem. après la naissance
22 sem. après la naissance
Avant l'accouchement uniquement
à ajouter au postnatal
Si l'accouchement intervient avant la date prévue, le congé postnatal est prolongé d'autant — vous ne "perdez" aucune semaine. Si l'accouchement est retardé au-delà du terme, le congé prénatal est prolongé automatiquement, et le congé postnatal de 10 semaines (ou plus selon la situation) court à partir de la date d'accouchement réelle.
Estimation basée sur les taux CPAM en vigueur au 1er janvier 2026
Calcul CPAM : salaire brut journalier = salaire des 3 derniers mois / 91,25 jours. Abattement de 21 %. Plafond : ~109,78 €/jour net (1/730e du PASS 2026). Plancher : 10,76 €/jour. Ce simulateur ne prend pas en compte les jours de carence (aucun pour la maternité), les avantages en nature, ni les éventuels compléments de salaire versés par votre employeur selon votre convention collective.
Les conditions pour bénéficier des indemnités journalières
Pour percevoir les indemnités journalières de maternité (IJM) versées par la CPAM, trois conditions d'affiliation et d'activité doivent être remplies.
Condition 1 — Affiliation à la Sécurité sociale : vous devez être affiliée à la Sécurité sociale (régime général, régime agricole, ou régime des indépendants) à la date du début du congé. Les salariées du privé sont automatiquement affiliées dès le premier jour de travail.
Condition 2 — Activité minimum : vous devez avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois civils précédant le début du congé (ou 600 heures sur les 6 derniers mois pour les salariées à temps partiel ou en contrat court).
Condition 3 — Cotisations minimales : vous devez avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire au cours des 6 mois précédant l'arrêt. En 2026, cela représente 1 015 × 11,88 = 12 058 € brut sur 6 mois, soit environ 2 010 € brut mensuel.
Cas particuliers : les salariées en CDD, en intérim, à temps partiel ou en fin de contrat peuvent bénéficier des IJM si elles remplissent les conditions d'activité. Les chômeuses indemnisées par France Travail continuent de percevoir leurs IJ maternité (versées par la CPAM, pas par France Travail). Les travailleuses indépendantes et les micro-entrepreneuses bénéficient d'un régime spécifique via la CPAM.
Comment sont calculées les indemnités journalières de maternité
La formule de calcul officielle de la CPAM est la suivante :
Étape 1 — Le salaire journalier de base (SJB) :
SJB = Somme des salaires bruts des 3 mois précédant le début du congé ÷ 91,25
Les 91,25 jours correspondent à 3 mois calendaires moyens (365 ÷ 4). Seuls les salaires soumis à cotisations sont retenus, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale (3 925 €/mois en 2026).
Étape 2 — Application de l'abattement de 21 % :
IJ journalière nette = SJB × (1 − 0,21) = SJB × 0,79
Cet abattement forfaitaire représente les cotisations sociales théoriquement dues sur l'indemnité. Il s'applique automatiquement.
Étape 3 — Application du plancher et du plafond :
Plancher : 10,76 €/jour net (2026) ;
Plafond : 1/730e du PASS annuel = 47 100 ÷ 730 = 64,52 € brut, soit environ 109,78 €/jour net après abattement (le calcul exact dépend de la formule CPAM appliquée).
Exemple concret : Vous percevez en moyenne 3 000 € brut par mois sur les 3 derniers mois. SJB = (3 000 × 3) ÷ 91,25 = 98,63 €. IJ nette = 98,63 × 0,79 = 77,92 €/jour. Pour 16 semaines (112 jours), vous percevrez 77,92 × 112 = 8 727 € au total de la CPAM. Votre convention collective peut prévoir un complément de salaire versé par l'employeur.
Ce que fait votre employeur pendant le congé maternité
Pendant votre congé maternité, votre contrat de travail est suspendu — non rompu. Cela signifie que :
— Votre ancienneté continue de courir ;
— Vos congés payés continuent de s'acquérir ;
— Votre mutuelle d'entreprise reste en vigueur ;
— Votre participation à l'intéressement et à la participation s'accumule selon les règles applicables ;
— Votre prévoyance et votre épargne retraite ne sont pas interrompues.
Concernant l'indemnisation, deux cas de figure existent selon votre convention collective :
Maintien de salaire par l'employeur : de nombreuses conventions collectives prévoient que l'employeur maintient le salaire pendant le congé maternité, en complétant les IJ versées par la CPAM pour atteindre 100 % du salaire net. Vérifiez votre convention collective sur Légifrance pour connaître vos droits spécifiques.
Pas de maintien de salaire : si votre convention ne prévoit pas de maintien, vous percevez uniquement les IJ de la CPAM (plafonnées à ~109 €/jour net). Dans ce cas, votre revenu pendant le congé peut être inférieur à votre salaire habituel, surtout si vous dépassez le plafond CPAM.
La protection absolue contre le licenciement
La protection contre le licenciement pendant la grossesse et la maternité est l'une des plus fortes du droit du travail français. Elle repose sur l'article L. 1225-4 du Code du travail et fonctionne en deux temps.
Pendant la grossesse : dès lors que vous avez remis à votre employeur un certificat médical attestant votre état de grossesse, tout licenciement notifié est nul de plein droit. L'employeur ne peut invoquer aucun motif — ni économique, ni disciplinaire — pour valablement licencier une salariée enceinte, sauf preuve d'une faute grave non liée à la grossesse ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la grossesse (et encore, l'exécution du licenciement est suspendue jusqu'à la fin de la période de protection).
Pendant le congé maternité et les 10 semaines suivantes : après la fin du congé maternité, la protection s'étend pendant encore 10 semaines. Pendant cette période, aucun licenciement ne peut être notifié, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maternité. C'est une protection absolue, non soumise à conditions particulières.
Si vous êtes licenciée pendant la période protégée : signalez-le immédiatement par courrier recommandé à votre employeur en lui indiquant votre état de grossesse ou la date de fin de votre congé maternité. Le licenciement est nul, vous pouvez demander votre réintégration ou des dommages et intérêts non plafonnés. Saisissez les prud'hommes dans un délai de 5 ans.
Vos droits au retour du congé maternité
La loi offre des protections importantes au moment du retour de congé maternité, souvent mal connues des salariées comme des employeurs.
Droit au même poste ou équivalent : à votre retour, vous avez le droit de retrouver votre emploi précédent ou un emploi similaire avec une rémunération au moins équivalente (article L. 1225-25 du Code du travail). L'employeur ne peut pas profiter de votre absence pour modifier unilatéralement vos conditions de travail, changer votre poste, réduire vos responsabilités ou baisser votre salaire.
Droit aux augmentations intervenues pendant l'absence : article L. 1225-26 du Code du travail — vous bénéficiez des augmentations générales de salaire intervenues dans l'entreprise ou votre branche pendant votre congé, ainsi que de la moyenne des augmentations individuelles perçues par les salariés de même catégorie. Cette disposition protège votre évolution salariale contre le gel lié au congé.
Entretien professionnel obligatoire : l'employeur doit organiser un entretien professionnel à votre retour de congé maternité, pour faire le point sur vos perspectives d'évolution, vos besoins de formation et les conditions de reprise.
Priorité à la formation : vous êtes prioritaire pour accéder aux formations professionnelles organisées dans l'entreprise, notamment pour vous mettre à niveau sur les évolutions intervenues pendant votre absence.
Congé maternité et congés payés : les règles d'articulation
| Question | Réponse 2026 |
|---|---|
| Les congés payés s'acquièrent-ils pendant le congé maternité ? | Oui, intégralement. Le congé maternité est assimilé à du temps de travail effectif pour l'acquisition des CP. |
| Peut-on poser des CP immédiatement avant ou après le congé maternité ? | Oui. Vous pouvez accoler des CP au congé maternité, avant ou après. L'employeur ne peut pas s'y opposer si vous respectez les règles de pose habituelles. |
| Que faire si la période de congés tombe pendant le congé maternité ? | Les CP non pris du fait du congé maternité sont reportés. Vous avez le droit de les prendre à votre retour, même hors de la période habituelle. |
| L'employeur peut-il imposer la prise de CP pendant le congé maternité ? | Non. Les CP et le congé maternité ne se cumulent pas — l'un suspend l'autre. |
| Les CP acquis pendant le congé maternité peuvent-ils être payés en fin de contrat ? | Oui. Comme tous les CP non pris, ils donnent lieu à l'indemnité compensatrice de congés payés si vous quittez l'entreprise. |
Questions fréquentes sur le congé maternité
16 semaines pour les 1er et 2e enfants (6 semaines avant + 10 semaines après), 26 semaines pour le 3e enfant et plus (8 semaines avant + 18 semaines après), 34 semaines pour des jumeaux, 46 semaines pour des triplés et plus. Un congé pathologique sur prescription médicale peut allonger le prénatal de 2 semaines. Pour un 1er ou 2e enfant, il est possible de réduire le prénatal de 3 semaines pour les reporter après la naissance.
La CPAM divise la somme de vos salaires bruts des 3 derniers mois par 91,25 pour obtenir le salaire journalier de base. Elle applique ensuite un abattement de 21 %. Le résultat est plafonné à environ 109,78 €/jour net (1/730e du PASS 2026). Exemple : 3 000 €/mois brut → SJB = 98,63 € → IJ nette = 77,92 €/jour. Utilisez notre calculateur ci-dessus pour votre estimation personnalisée.
Non. La protection est absolue pendant toute la grossesse et les 10 semaines suivant la fin du congé maternité (art. L. 1225-4 du Code du travail). Un licenciement notifié pendant cette période est automatiquement nul — sans que la salariée ait à prouver le lien avec la grossesse. Elle peut demander sa réintégration ou des dommages et intérêts non plafonnés équivalant aux salaires jusqu'à la fin de la période protégée.
Trois conditions cumulatives : être affiliée à la Sécurité sociale, avoir travaillé au moins 150 heures dans les 3 mois précédant le début du congé (ou 600h sur 6 mois), et avoir cotisé sur un salaire d'au moins 1 015 fois le SMIC horaire sur les 6 derniers mois (soit ~12 058 € brut sur 6 mois en 2026). Les salariées en CDD, intérim et temps partiel peuvent y avoir droit si ces conditions sont remplies.
À la reprise, vous avez le droit de retrouver votre poste précédent ou équivalent avec une rémunération au moins égale. Vous bénéficiez des augmentations générales et de la moyenne des augmentations individuelles de votre catégorie intervenues pendant votre absence (art. L. 1225-26). Un entretien professionnel doit être organisé par l'employeur. Vous êtes prioritaire pour les formations et les évolutions de carrière.
Oui. Pour un 1er ou 2e enfant, vous pouvez, avec l'accord de votre médecin et l'accord de votre employeur, réduire le congé prénatal de 3 semaines maximum pour les reporter après la naissance — ce qui vous donne jusqu'à 13 semaines de congé postnatal. Pour un 3e enfant, le report est de 5 semaines maximum. Si l'état de santé du bébé ou de la mère nécessite une hospitalisation, des semaines supplémentaires peuvent être accordées.




